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L'histoire de Tripoli
  • Une ville d'héritages
    On attribue en général la fondation de la ville côtière de Tripoli, aux Phéniciens au VIIIe siècle avant Jésus Christ.

    Elle était alors le centre d'une confédération phénicienne de cités-Etat, avec, dans le sud du Liban, Sidon (Saïda) et Tyr ainsi que, plus au nord, Antioche. Tripoli était organisée sous la forme de trois quartiers distincts. D’où son nom qui provient du grec et signifie « triple ville ».

    Située dans le nord du Liban, à 85 km de Beyrouth, la ville s’enrichit grâce au commerce maritime. Son port, aujourd’hui dans la région de la ville mitoyenne d’al-Mina, sert de relais pour les échanges


    commerciaux entre la Méditerranée orientale et l'Ouest ainsi que de point de transit pour les caravanes en partance pour la Syrie du nord ou l'arrière-pays.

    Après sa conquête par Alexandre le Grand, le port de Tripoli devient le centre de construction navale de l’armée impériale.

    La ville tombe sous la domination romaine en 64 avant Jésus-Christ. Pour Rome, Tripoli revêt une importance stratégique du fait de sa position géographique à mi-chemin sur la route côtière impériale qui mène d'Antioche à Acre. La ville conserve la même configuration administrative qu’à l'époque phénicienne avec trois quartiers indépendants.

    Accélération du dynamisme économique
    Tripoli est entièrement détruite par un tremblement de terre en 450. Après la défaite byzantine lors de la bataille de Yarmouk en 636, les villes de la côte libanaise passent sous l’autorité des califes Omeyyades. Elle connait alors un nouvel essor économique autant que culturel.

    Après la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099, le Liban se retrouve annexé aux États francs d’Orient. Tripoli plus spécialement tombe en 1109, après dix ans de siège, aux mains du croisé Raymond de Saint Gilles, comte de Toulouse. La conquête engendre des destructions massives, y compris celle de la célèbre bibliothèque de Tripoli, Dar Al 'Ilm, avec ses milliers de volumes. Les Francs cependant y construisent différents bâtiments dont une forteresse, connue sous le nom de Château de Saint-Gilles (Qal’at Sanjil) sur une colline surplombant le fleuve Abou Ali et la Tour des Lions (Borj el-Sba’), grosse pièce fortifiée près du port.

    La vieille ville de Tripoli, construite près de la citadelle, commence à se développer en 1289 avec l’éviction des Croisés par les Mamelouks. Composée d’un enchevêtrement de ruelles serrées, la médina est conçue pour empêcher les invasions militaires. A partir de cette époque, la ville se développe séparément du port d’al-Mina.

    Jusqu’au XIXe siècle, Tripoli s’articule autour de sa grande mosquée. Les Ottomans, qui défont les Mamelouks en 1516, prennent en main la ville en renforçant la citadelle mais sans toucher aux souks, qui jouent toujours leur rôle traditionnel, même si peu est fait au niveau architectural ou infrastructurel pour les rénover.
  • La ville moderne: le tournant du 19e siècle
    En 1881, Tripoli compte environ 20 000 habitants. En 1909, une liaison routière est assurée pour la première fois entre Beyrouth et Tripoli, puis une liaison ferroviaire entre Tripoli et Alep en 1911. En 1941, les autorités mandataires françaises compléteront cet axe avec l’ouverture d’un nouveau tronçon, reliant Beyrouth à Tripoli et Alep.

    Beyrouth supplante Tripoli à partir de 1860, après l’intervention d’un corps expéditionnaire, principalement français, qui favorise la mise en place d’une autonomie administrative et fiscale dans la région du Mont-Liban à la suite de révoltes paysannes. Ce nouveau régime, connu sous le nom de Mutasarrifiyya, procure des avantages financiers qui favorisent les investissements européens dans la région du Mont-Liban, autour de l’industrie de la soie.
    Cette reconfiguration économique valorise Beyrouth, qui se voit progressivement appelé à devenir aussi le nouveau centre politique de la région. Les choix mandataires du XXe siècle, qui prennent Beyrouth pour capitale, ne font qu’entériner cette réalité.

    Les choix mandataires
    A Tripoli, l’administration mandataire installe ses quartiers sur la place du Tell, symbole de la ville nouvelle et de la modernité, par opposition aux souks marchands de la vieille ville, désormais vétustes.

    Les riches familles désertent la ville historique pour s’installer dans des quartiers plus aérés, aux maisons confortables tandis que les plus pauvres, souvent des paysans poussés à l’exode rural, accaparent la vieille ville ou s’installent à Tebbané. En l’espace de quelques années, la ville double le nombre de ses habitants : en 1932 : Tripoli compte 41 474 habitants ; en 1943 quelque 80 000.

    En 1929, est créée la centrale hydroélectrique de Qadisha puis, en 1932, la raffinerie de l’Irak Petroleum Company (IPC) s’installe un terminal à Beddawi, avant de choisir de délocaliser son siège social, en 1949, de Haïfa à Tripoli peu après la création de l’Etat d’Israël.

    En 1954, un quai est construit dans le port d’al-Mina tandis qu’un chenal d’accès est inauguré en 1961. Mais le développement du port de Tripoli est contrecarré par l’émergence des deux ports syriens de Lattakié et de Banyas dont Damas assure la croissance grâce à la mise en place de barrières douanières entre le Liban et la Syrie.

    Le 17 décembre 1955, une crue dévastatrice du fleuve Abou Ali bouleverse toute la ville. Elle laisse 2000 sans logis et provoque la mort de quelque 160 Tripolitains. Cette catastrophe accélère le départ des classes moyennes du centre historique, trop proche du fleuve, vers de nouveaux quartiers. C’est par exemple le rôle assigné au quartier d’Azmi, construit entre 1960 et 1970 à l’ouest de la place Tell, en direction du port. Privilégiant de luxueuses habitations, il se transforme en un véritable espace commercial.

    La désaffectation des quartiers historiques s’intensifie. Ils deviennent de véritables « quartiers défavorisés ». Et dans les années 1960, plusieurs manifestations y éclatent. Un mouvement de contestation sociale retient en particulier l’attention : celui de Dawlatal-Matlubin (« L’Etat des protestataires ») dirigé par Ali Akawi, qui dénonce la montée de la pauvreté depuis son quartier de Bab-Tébbané.
  • Tripoli cherche son avenir
    La désindustrialisation de la ville démarre dans les années 1970 avec la fermeture d’usines dans la zone de Bahsas. La raffinerie de pétrole, bombardée en 1983, et les transports ferroviaires cessent toute activité avec la guerre civile.

    La guerre n’est toutefois pas seule responsable. Les décisions des autorités ont aussi parfois été contre productives. Ainsi de la Foire internationale Rachid Karameh, réalisée dans les années 60 par l’architecte Oscar Niemeyer, et qui n’a fonctionné que de manière épisodique. Au démarrage, sa mise en chantier visait à dynamiser Tripoli en lui fournissant un moyen de développement et d’intégration, à la hauteur des problèmes sociopolitiques que les événements de 1958 avaient mis en exergue, Tripoli prenant alors massivement le parti des « insurgés » pro-Nasser. Les 700 000 m2 de la Foire internationale de Tripoli devait par ailleurs lui permettre de rivaliser (et peut être même de supplanter dans l’esprit de ses fondateurs) les deux grandes foires régionales de la région : Damas et Bagdad. Mais l’idée même de « foire internationale » n’a pas perduré : l’État libanais n’a pas poursuivi ce projet qui avait plus une valeur symbolique que réellement marchande.

    La guerre accentue les clivages
    La guerre intensifie l’opposition entre les différentes forces politiques à Tripoli comme dans le reste du Liban, qu’il s’agisse de la cause palestinienne, de l’affirmation du nationalisme arabe, de la montée de l’islamisme et de l’ingérence syrienne.

    Les quartiers de Tebbané et de Baal (ou Jabal) Moshenen en deviennent le symbole douloureux. A l’origine, ces deux quartiers formaient une seule et même entité, connue par ailleurs comme un centre commercial attractif, habité à la fois par de grands commerçants et de petits ouvriers. Mais la guerre civile le scinde en deux, avalisant la fracture confessionnelle : d’un côté, Bab Tebbané et sa population sunnite ; de l’autre Baal Mohsen, à majorité alaouite.

    En 1986, on assiste même à un véritable massacre. En 2008, de nouveaux affrontements font des dizaines de morts. Tebbané se vide du tiers de ses habitants et devient une région repliée sur elle-même.

    En parallèle, le mouvement de l’unification islamique (Tawhîd), une organisation islamiste fondée au début des années 1980 par le cheikh Saïd Chaban, monte en puissance. De 1981 à 1986, ce mouvement étend son influence dans la ville, à partir des quartiers d’Abou Samra, de Qobbé et de Bab Tebbané. Là encore, de violents combats l’opposent aux mouvements prosyriens, avant que l’armée syrienne n’investisse la ville en 1986.

    Ces affrontements ont une conséquence dramatique sur le tissu social et pluriconfessionnel de la ville. Alors que les différentes communautés vivaient auparavant dans un système de complémentarité, chaque communauté se replie désormais sur son propre espace : les chrétiens maronites trouvent refuge dans la région de Zghorta ; les chrétiens orthodoxes eux se concentrent à al-Mina, tandis que la minorité alaouite s’enferme dans le quartier de Jabal Mohsen.

    Les séquelles de la guerre civile ne sont toujours pas refermées à Tripoli où la situation socio-économique les avive. La ville reste pourtant attractive : sa population croît à un rythme rapide. La région demeure par ailleurs toujours la destination finale de nombre d’exportation de produits manufacturés et elle possède un artisanat reconnu, qu’il s’agisse des ateliers de savons ou du travail du cuivre. Aujourd’hui, la ville côtière de Tripoli abrite quelque 320 000 habitants. La Fédération de la municipalité al-Fahyaa, qui regroupe les trois communes limitrophes (Tripoli, al-Mina, et al-Bedawwi), à laquelle on doit également ajouter la ville de Qalamoun, rassemble près des deux tiers de la population du Nord Liban, soit quelque 364 000 habitants en 2010, en croissance de 1,3 % en taux annuel.